j’pourrais dire.

Dans deux jours je serais plus vieille qu’aujourd’hui.  Là à l’instant je suis plus jeune que demain. Car c’est de ça dont il est question, peu importe l’âge je serais toujours plus jeune que le prochain jour. À chaque instant je suis plus jeune que je ne le serais jamais. Jamais je ne serai plus jeune qu’aujourd’hui. Et demain sera pareil. Et tous les jours suivant jusqu’à ma mort. Donc, Je suis toujours plus jeune que jamais.  Comment profiter de cette jeunesse éternelle. Éternellement jeune pour tous les jours qui suivrons.

Même si je suis plus jeune que je ne serai jamais, j’ai quand même  été plus jeune que je le suis. Dans ce temps  j’y pensais aussi à mon âge. À 18 ans, je me semblais vieille. Je réfléchissais à l’envers, je me disais je ne serais jamais aussi jeune que j’ai été. Â 20 ans j’avais la nostalgie de mes 18 ans. À trente ans j’avais la nostalgie de mes 20 ans, sans jamais profiter tout à fait du moment. Aujourd’hui la jeunesse fini à 50 ans. La vieillesse commence à 70. Il y a un vingt ans de zone intermédiaire assez questionnant dont j’en suis. La zone des tout permis des tout essayés. Si t’es pas en forme tu t’y mets. Apprendre la musique, la photo, l’alpinisme, le sky, la voile, la plongée sous-marine, le tricot, le tissage, la peinture, la sculture, l’ébénisterie, la menuiserie, le tennis, la danse, le yoga, le taichi, la poésie. Faire ça vite , voyager partout où t’es pas aller. Quand je ne m’endure plus de tout essayé parce je suis plus jeune que je ne le serais jamais et bien j’arrête de réfléchir et ça me donne le goût de ralentir. J’ai juste envie de faire pas grand chose. Pas dans le sens de la fille dépressive à qui rien ne tente . Non! Dans le sens plutôt que si je ne fais rien, le temps va être long. Et si le temps est long ça va me paraître avoir beaucoup de temps devant moi. Quand le temps est long il ne passe pas vite. Et s’il ne passe pas vite j’aurais vraiment le temps de le voir passer. Si je m’attarde à toute les petites choses insignifiantes sans importances qui étirent le temps, et bien j’en aurait plus. Des journées qui ne finissent plus ça étire le temps. Ça  fige j’pourrais dire. Et si les jours se figent, c’est la même chose pour moi. Mais la vraie question c’est, ça me servirait à quoi? Ça donne quoi d’avoir du temps si on ne fait rien avec? Même  de communiquer avec un grand maître éveillé du moment présent, zen et contemplatif, je dis mon chat, ne répond pas à cette question.

Rien faire ne donne rien, mais faire est tout autant insignifiant.

furtif instant

Les feuilles poussaient à un rythme effréné.  On aurait dit qu’elles profitaient toujours  d’un moment ou je ne regardais pas pour sortir du bourgeon. J’avais beau fixer mon objectif sur ces boutons, je ne pouvais jamais saisir le moment précis où elles se déployaient. Elles n’étaient pas là et soudain elles y étaient.

Les fougères, transperçaient le sol d’un coup sec,  se recroquevillaient comme des ressorts de dentelles, et explosaient vers le ciel. Tout cela à mon insu.

Pareil pour les fleurs.   Comme si le fait de ne pas les regarder les inspiraient à naître davantage.   Alors j’épiais, avec mon appareil photo, mais n’ayant pas l’air de le faire dans l’espoir de me laisser surprendre par l’instant furtif.

Et c’est ainsi que je ne réussis jamais à prendre cette  photo.

Pas un seul cliché parmi les dizaines que j’avais pris, ne réussi  à susciter le degré d’émotion qu’aurait dû provoquer la capture de ce moment.  Même celle où la poussière en suspension au dessus du bourgeon débordant, s’installa sur ma carte mémoire sans que je  sache quand exactement.

L’insaisissable instant se déroulait en continue, sans début ni fin. Pas de formule mathématique pour prédire sa venue.  Je constatais  humblement, la grandeur de la vie versus la petitesse de mon objectif.

Je m’installais dans un rayon de soleil question de réchauffer  la  stupeur qu’avait causé cet émoi. Question de faire durer mon ravissement  soudain de constater que tout ou presque tout m’échappe.

Cr 21 mai 2013

Soleil 2

cabane 2013 009
C’est une longue journée. Où il ne se passe pas vraiment grand chose. J’attends. La période des sucres tire à sa fin et aujourd’hui c’est le dernier dimanche de la saison. Une saison record, à tous les points de vues. Record de gallons de sirop, record de qualité, record du nuage dans le ciel. Le soleil est d’un timide ce printemps, à tel point que je suis obligée de penser à lui souvent. Mes articulations me parlent de lui, ma peau me parle de lui, mes organes orchestrent des demandes en simultanées : On veut le Soleil, on veut le Soleil. J’essaie de faire diversion, long bain chaud, sauna, frictionnement énergique, marche, je n’ai plus d’idées.
La Routière