les bretons

C’étala vieilleit une petite chapelle toute croche toute vieille. Avec de l’herbe qui pousse entre ses pierres.  De l’herbe forte qui la sort de ses fondations.  Avec des fenêtres timides et sombres qui ne regardent personne. Et un clocher qui cloche.  Toute vieille la vieille. Toute croche la croche. Pourtant, des milliers de visiteurs tournoient autour chaque jour. Plus elle vieillit plus ça tourne autour. Je pourrais en dire  de tout ce que j’ai vu en Bretagne. Des pierres des roches comme l’esprit des gens. Des gens indélogeables mais friables. Avec de l’herbe qui leur pousse entre les orteils. Et des dents de granits impolies. Cachés derrières des portes. Des villages entiers de porte fermées.

Une chance qu’il y a la mer. Plus folle que jamais. Indomptable et impertinente.

J’y arrive il me semble des fois…

Ne lisent pas, ne voyagent pas, refont tous les jours le même chemin, ne change pas de cap ni de vêtements de toutes couleurs.

Featured imageJ’ai lu un texte récemment qui m’a interpellée. Un texte qui dit qu’on doit se réaliser à travers l’action et l’accomplissement. Faire beaucoup. Lire, voyager, mettre des vêtements colorés, ne pas refaire tous les jours le même chemin, grimper des montagnes, changer de cap, manger mieux, jouer d’un instrument.  Faire de belles choses. On doit faire sous prétexte de dépérir. De s’éteindre. Comme si l’action et l’accomplissement étaient la recette d’une vie heureuse.
Je n’ai rien contre, car de fait, faire tout cela peut rendre heureux, moi inclus.
Mais exceptionnellement, je connais des gens qui ne font rien de tout cela. Ne lisent pas, ne voyagent pas, refont tous les jours le même chemin, ne change pas de cap ni de vêtements de toutes couleurs. Et qui sont plus heureux que nous ne pourrons jamais imaginer possible de l’être. ( je parle de vraie gens ici, normaux et en santé, que l’on croisent à l’occasion, et qui ne présente aucun intérêt.)  Mais qui pourrait aussi le faire mais ne le font pas. Parce ce n’est pas nécessaire, en n’ont pas d’intérêt. N’en ressente pas le besoin. On ne peut pas savoir en les regardant. Faut les côtoyer, leur parler. 
 Marcher avec eux, les écouter nous dire pas grand chose. Les entendre répéter que tout est magnifique, que tout est merveilleux. Que ce n’est rien. 
Le bonheur il est partout autour et à l’intérieur d’eux on dirait. Sans égard à une activité, une relation, un endroit, un bien, une croyance. Rien. Aucun besoin de voyager, de partager, d’avoir un appareil photo, des amis, des vêtements colorés.
Une ombre, un arbre, un rayon de soleil, une étoile, un nuage, une roche, un bruit, de la nourriture, une feuille, un odeur, c’est leur bonheur. Ils ne le disent pas parce que ça n’intéresse personne.
 Ça me rend tellement heureuse d’en connaitre et d’en côtoyer. Je suis privilégiée.
J’aspire à un tel bonheur. J’y arrive il me semble des fois….

Je m’arrête sur le bord de la route pour aucune raison. Je respire, je regarde autour. J’y arrive il me semble des fois….