Mon père a fait un fou de lui aujourd’hui

Mon père a fait un fou de lui aujourd’hui. Il était dans une tombe et faisait le mort. J’ai essayé de lui expliquer qu’à son jeu je n’y croyais pas. Mais rien. Il est allé jusqu’au bout. Il a joué le jeu tellement que mes frères et sœurs ont fait une prière. J’ai vu son sourire en coin et j’ai entendu « oui mama » Une blague. Voilà. Un blagueur mon père.

C’est ce qui va me manquer le plus. Les blagues à papa. Ou vais-je trouver ça à présent? Qui va dire: « Si tu ne vaux pas une risée tu ne vaux rien-Si tu ne viens pas en cor vient en caleçon-Beau chemin ne rallonge pas-Vaut mieux arriver en retard qu’en corbillard-Quand la peur à passé j’étais pas là-Si tu m’aime comme je t’aime colle ta bedaine contre la mienne-La parole est d’argent et le silence est d’or-Quand il y en a pour 4 il y en a pour 10-Ça va revenir avec le beau temps… Et je pourrais continuer comme ça toute la nuit.

Il n’était pas obligatoirement drôle mais il faisait rire. Jusqu’au bout on a rit avec lui. De toute les couleurs. Rouge, noir, jaune. Il était un exemplaire unique de joie et de drôlerie.  Et il chantait aussi. Pas comme un chanteur mais comme un humoriste. Toujours pour faire rire, Ça va me manquer.

Tu me manques papa.

Nouveau temps

Mes petits enfants… une surprise pas surprenante de la vie. Un cadeau attendu qui valait la peine d’attendre… Le but du jeu:

 

 

 

 

 

Mes petits enfants… une surprise pas surprenante de la vie. Un cadeau attendu qui valait la peine d’attendre. Un cadeau sans quotidien qui va avec. Sans obligations autres que d’être là quand il faut. En plus qu’ils sont parfaits.

les bretons

C’étala vieilleit une petite chapelle toute croche toute vieille. Avec de l’herbe qui pousse entre ses pierres.  De l’herbe forte qui la sort de ses fondations.  Avec des fenêtres timides et sombres qui ne regardent personne. Et un clocher qui cloche.  Toute vieille la vieille. Toute croche la croche. Pourtant, des milliers de visiteurs tournoient autour chaque jour. Plus elle vieillit plus ça tourne autour. Je pourrais en dire  de tout ce que j’ai vu en Bretagne. Des pierres des roches comme l’esprit des gens. Des gens indélogeables mais friables. Avec de l’herbe qui leur pousse entre les orteils. Et des dents de granits impolies. Cachés derrières des portes. Des villages entiers de porte fermées.

Une chance qu’il y a la mer. Plus folle que jamais. Indomptable et impertinente.

J’y arrive il me semble des fois…

Ne lisent pas, ne voyagent pas, refont tous les jours le même chemin, ne change pas de cap ni de vêtements de toutes couleurs.

Featured imageJ’ai lu un texte récemment qui m’a interpellée. Un texte qui dit qu’on doit se réaliser à travers l’action et l’accomplissement. Faire beaucoup. Lire, voyager, mettre des vêtements colorés, ne pas refaire tous les jours le même chemin, grimper des montagnes, changer de cap, manger mieux, jouer d’un instrument.  Faire de belles choses. On doit faire sous prétexte de dépérir. De s’éteindre. Comme si l’action et l’accomplissement étaient la recette d’une vie heureuse.
Je n’ai rien contre, car de fait, faire tout cela peut rendre heureux, moi inclus.
Mais exceptionnellement, je connais des gens qui ne font rien de tout cela. Ne lisent pas, ne voyagent pas, refont tous les jours le même chemin, ne change pas de cap ni de vêtements de toutes couleurs. Et qui sont plus heureux que nous ne pourrons jamais imaginer possible de l’être. ( je parle de vraie gens ici, normaux et en santé, que l’on croisent à l’occasion, et qui ne présente aucun intérêt.)  Mais qui pourrait aussi le faire mais ne le font pas. Parce ce n’est pas nécessaire, en n’ont pas d’intérêt. N’en ressente pas le besoin. On ne peut pas savoir en les regardant. Faut les côtoyer, leur parler. 
 Marcher avec eux, les écouter nous dire pas grand chose. Les entendre répéter que tout est magnifique, que tout est merveilleux. Que ce n’est rien. 
Le bonheur il est partout autour et à l’intérieur d’eux on dirait. Sans égard à une activité, une relation, un endroit, un bien, une croyance. Rien. Aucun besoin de voyager, de partager, d’avoir un appareil photo, des amis, des vêtements colorés.
Une ombre, un arbre, un rayon de soleil, une étoile, un nuage, une roche, un bruit, de la nourriture, une feuille, un odeur, c’est leur bonheur. Ils ne le disent pas parce que ça n’intéresse personne.
 Ça me rend tellement heureuse d’en connaitre et d’en côtoyer. Je suis privilégiée.
J’aspire à un tel bonheur. J’y arrive il me semble des fois….

Je m’arrête sur le bord de la route pour aucune raison. Je respire, je regarde autour. J’y arrive il me semble des fois….

j’pourrais dire.

Dans deux jours je serais plus vieille qu’aujourd’hui.  Là à l’instant je suis plus jeune que demain. Car c’est de ça dont il est question, peu importe l’âge je serais toujours plus jeune que le prochain jour. À chaque instant je suis plus jeune que je ne le serais jamais plus. Jamais je ne serai plus jeune qu’aujourd’hui. Et demain sera pareil. Et tous les jours suivant jusqu’à ma mort. Donc, Je suis toujours plus jeune que le prochain jour. Comment profiter de cette jeunesse éternelle. Éternellement jeune pour tous les jours qui suivrons.

Même si je suis plus jeune que je ne serai jamais, j’ai quand même  été plus jeune que je le suis. Dans ce temps  j’y pensais aussi à mon âge. À 18 ans, je me semblais vieille. Je réfléchissais à l’envers, je me disais je ne serais jamais aussi jeune que j’ai été. Â 20 ans j’avais la nostalgie de mes 18 ans. À trente ans j’avais la nostalgie de mes 20 ans, sans jamais profiter tout à fait du moment. Aujourd’hui la jeunesse fini à 50 ans. La vieillesse commence à 70. Il y a un vingt ans de zone intermédiaire assez questionnant dont j’en suis. La zone des tout permis des tout essayés. Si t’es pas en forme tu t’y mets. Apprendre la musique, la photo, l’alpinisme, le sky, la voile, la plongée sous-marine, le tricot, le tissage, la peinture, la sculture, l’ébénisterie, la menuiserie, le tennis, la danse, le yoga, le taichi, la poésie. Faire ça vite , voyager partout où t’es pas aller. Quand je ne m’endure plus de tout essayé parce je suis plus jeune que tout les prochains jours et bien j’arrête de réfléchir et ça me donne le goût de ralentir. J’ai juste envie de faire pas grand chose. Pas dans le sens de la fille dépressive à qui rien ne tente . Non! Dans le sens plutôt que si je ne fais rien, le temps va être long. Et si le temps est long ça va me paraître avoir beaucoup de temps devant moi. Quand le temps est long il ne passe pas vite et le vieillissement prend son temps. Et s’il ne passe pas vite j’aurais vraiment le temps de le voir passer. Si je m’attarde à toute les petites choses insignifiantes sans importances qui étirent le temps, et bien j’en aurait plus. Des journées qui ne finissent plus ça étire le temps. Ça  fige j’pourrais dire. Et si les jours se figent, c’est la même chose pour moi. Mais la vraie question c’est, ça me servirait à quoi? Ça donne quoi d’avoir du temps si on ne fait rien avec? Même  de communiquer avec un grand maître éveillé du moment présent, zen et contemplatif, je dis mon chat, ne répond pas à cette question.

Rien faire me donne du temps, et faire avale le temps. est tout autant insignifiant.

Tempête de plumes

Comment peut-on être aussi constant en mauvais temps?  Le  mois de mai a oublié qu’il devait négocier de  la chaleur avec la nouvelle saison.

Les oiseaux sont moins joyeux et ça parait. Habituellement on n’est pas trop de deux pour remplir les mangeoires. Mais la lenteur de leur appétit se désaccorde avec la vitesse des vents qui arrivent de partout. C’est peut-être pour ça que les merles insistent tant à nicher à l’intérieur de notre maison.  Un petit couple nous a presque convaincu de leur ouvrir la porte.  Leur demande d’asile  n’arrêtait que la nuit tombée.

On dirait que le printemps ne sait plus où s’installer.

À travers toute cette incohérence les asperges sortent de terre.  Les pommiers fleurissent.  Les lilas colorent le bosquet. La nature n’en peut plus d’attendre.  Je mets un manteau de pluie et m’en vais récolter quelques asperges.  Car moi non plus je n’en peux plus d’attendre.  Asperges gratinées à la raclette au poivre.   Chaleur, tu peux prendre ton temps.

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furtif instant

Les feuilles poussaient à un rythme effréné.  On aurait dit qu’elles profitaient toujours  d’un moment ou je ne regardais pas pour sortir du bourgeon. J’avais beau fixer mon objectif sur ces boutons, je ne pouvais jamais saisir le moment précis où elles se déployaient. Elles n’étaient pas là et soudain elles y étaient.

Les fougères, transperçaient le sol d’un coup sec,  se recroquevillaient comme des ressorts de dentelles, et explosaient vers le ciel. Tout cela à mon insu.

Pareil pour les fleurs.   Comme si le fait de ne pas les regarder les inspiraient à naître davantage.   Alors j’épiais, avec mon appareil photo, mais n’ayant pas l’air de le faire dans l’espoir de me laisser surprendre par l’instant furtif.

Et c’est ainsi que je ne réussis jamais à prendre cette  photo.

Pas un seul cliché parmi les dizaines que j’avais pris, ne réussi  à susciter le degré d’émotion qu’aurait dû provoquer la capture de ce moment.  Même celle où la poussière en suspension au dessus du bourgeon débordant, s’installa sur ma carte mémoire sans que je  sache quand exactement.

L’insaisissable instant se déroulait en continue, sans début ni fin. Pas de formule mathématique pour prédire sa venue.  Je constatais  humblement, la grandeur de la vie versus la petitesse de mon objectif.

Je m’installais dans un rayon de soleil question de réchauffer  la  stupeur qu’avait causé cet émoi. Question de faire durer mon ravissement  soudain de constater que tout ou presque tout m’échappe.

Cr 21 mai 2013

Montagne

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Je suis montagne.
Avec ma cime enneigée, mes replis humides mes veines tumultueuses, mes crevasses pleines d’épaves qui racontent des histoires.
Je me ris de la pluie du vent du tonnerre et des éclairs.
Je suis la compagne des solitaires, on m’ascensionne dans un souffle de confidence. Je sais garder un secret.
Je grouille d’amis venus m’habiter, me défier.
Je me dresse au dessus des nuages le plus haut possible loin du bruit des villes. J’oublie la terre et ses commérages. J’attrape la lumière, et l’offre en arc-en-ciel. Je courtise les lunes jusqu’à leur pleine rondeur. Je suis infidèle.
Mes rires saccadés en avalanche et mes crachats glacés, sculptent mon profil de Tout-Puissant.
Je protège ma source. Eaux cristallines, limpides, d’une pureté sans nom, à jamais cachés dans mes grottes profondes.
Le temps me va bien. Je deviens ronde et facile. Le vent me chatouille et je ne gronde plus.

Carole
26 septembre 2012