Istanbul

J’étais en Turquie il y a quelques années et le guide un étudiant turc finissait toujours ses phrases par « je pourrais dire ». Pour aucune raison. Il faisait une tête de plus que tous les participants du groupe et sa voix exotique semblait m’atteindre plus que les autres. J’étais hypnotisée par sa façon de parler, de claquer les consonnes dans le fond de sa gorge, de déballer les mots précieusement. J’attendais toujours le moment où il allait finir sa phrase par « je pourrais dire. Je trouvais ça absolument magnifique et ça remplissait tout son discours. Un voyage dans le voyage. Je n’aurai manqué aucun de ses jolies mots. J’ai visité Istanbul de syllabe en syllabe de consonne en consonne et le son de sa voix m’est resté dans la tête longtemps après mon retour de voyage. Pourquoi je vous parle de ça aujourd’hui? Un client est passé hier et devinez quoi? Il a terminé sa phrase par  » je pourrais dire »…

La vie avance vite

La vie avance vite. Particulièrement aujourd’hui ou mon fils est à l’hôpital avec sa conjointe pour mettre au monde leur 3ième enfant. Je n’en sais pas plus pour le moment sauf qu’il s’agira d’une petite fille. Ça m’énerve. Je sais que tout ira bien mais mon corps parle un autre langage et il n’a pas l’air de comprendre que TOUT IRA BIEN. C’est classique vous direz, les mères sont programmées pour s’inquiéter de leur fils surtout ceux qui s’apprête à avoir un enfant. La journée est longue et le pas de nouvelle que j’ai à ce propos me met dans un état second. Je ne peux même pas bouger de chez moi. Non pas que je ne le puisse pas mais c’est comme si de bouger trop viendrait dramatiquement me changer les idées. Et je ne le veux pas. Je veux m’inquiéter, je veux penser à lui à elle à eux toute la journée, je veux imaginer tous les scénarios, je veux méditer pour ne pas trop y penser et je veux arrêter de méditer pour y penser trop. Bref c’est un merveilleux moment et il n’est pas question que je fasse autre chose que ne rien faire d’autre qu’y penser. Je ne sais pas si je revivrais ça une autre fois dans ma vie donc je m’enfonce profond dans la vulnérabilité de l’attente.

En écrivant ces lignes mon fils me texte pour me dire que le travail est commencé et que ça ne devrait pas tardé. Pleins d’images m’arrivent à la lecture du mot « travail » et bizarrement j’ai des crampes d’estomac. Respire….

Tortue

Avez-vous déjà vu une tortue de près? C’est un peu épeurant, elle ne bouge pas vite mais je sens qu’à tout moment elle pourrait sortir de sa carapace et m’en taper une. Quelqu’un m’a déjà dit qu’elle pouvait m’arracher un doigt si je n’y prenais garde. Alors je fais comme si elle pouvait le faire, je fais attention. C’est attirant aussi. Noble d’allure. Je ne l’intéresse pas, contrairement à moi qui est attirée par sa présence. Snob je dirais. Elle a l’air fâchée. tout le monde à sa petite histoire de tortue. Mon chum à la sienne. Il a attrapé un jour une tortue et lui a fait un trou dans la carapace pour y accrocher une chaine et l’a attachée à un arbre. ( je sais c’est pas gentil) Vite fait qu’elle s’en enfuit et il ne l’a plus revu pendant plusieurs années. Et un jour que vois t-il lors d’une promenade dans le bois? Une tortue avec un trou dans la carapace et deux petites mailles de chaines accrochées. Et oui, c’était sa tortue. Pour se faire pardonner de l’avoir séquestré il l’a libéré des deux petites mailles encore attachées à elle.

Saviez-vous que les autochtones appellent l’Amérique du nord l’ile de la tortue? Ils disent qu’elle soutient le monde et qu’elle est la vie elle-même. Grosse mission 🤣

Dans le Fengshui la Tortue fait partie des 4 animaux sacrés dont le phoenix, le tigre et le dragon. Parmi les plus vieux animaux de la terre, celle-ci est considérée comme un symbole de sagesse d’endurance, de richesse et de longue vie.

La tortue se chante se peint se mange se dieutérise. À défaut d’en avoir une vivante à moi domestiquée et enchainée (NONNNN) je possède des petits bibelots pendentifs bague à son effigie, des fois que la Chine ai raison. Des fois elle a raison.

torréfaction

Je torréfie mon café. Depuis que j’ai vu sur youtube que la torréfaction était aussi niaiseux que de faire du popcorn. Ça pop du café, étonnant. Le plus difficile dans la torréfaction c’est de trouver du café vert. Certes il y a amazon mais si on veux inclure dans le processus « l’achat local » ça fonctionne plus ou moins. À moins que pour un nord américain le sud américain devienne local… on va dire. Bref c’est tellement facile la torréfaction. N’essayez pas d’avoir des conseils de torréfacteurs « expérimentés « ils vont enrobés leurs savoirs de mystère comme si le processus relevait d’un don rare et inaccessible.

Bref achetez-vous une machine à popcorn de 1400w ou plus et rien d’autre à faire que d’attendre que ça pop. Mais pour plus de sécurité allez visionner quelques clips YouTube

.

Tonnerre tu tonnes

Ma maison craque. Elle a pourtant l’air solide. Elle a mal. Les bourrasques de vent la pluie les éclairs le tonnerre la malmènent. Elle ne se défend pas. C’est sa condition d’objet, subir jusqu’à l’usure complète. Même si je la retapais durant 1500 ans elle finirait mal. Son bois ne la tiendrait pas debout si longtemps. Si elle était de pierre sur pierre et pierre pierre pierre elle tofferait plus longtemps comme une pyramide. Mais les pyramides s’usent aussi, les rochers s’usent, les montagnes et toute chose. Plus c’est grandiose plus ça use. Faire bon usage, user correctement pour un bon motif. Sans motif ça use jusqu’à rien. Est-ce que ne s’use pas?

Aime tous ceux qui le demandent

Aime tous ceux qui le demandent. Embrasse tous ceux qui le demandent. Soit parfaite en tout. Soit belle. Parfume-toi d’odeur sublime. Enrobe-toi de vêtements agréables pour les yeux. Brosse-toi les dents avec un truc qui blanchit. Mets une crème qui fait une belle peau. Mets des belles broches dans tes cheveux. Lave ton plancher. Et tes vitres. Lave ton linge. Fait ton lit. Dresse ta plus belle table pour les invités. Fait les meilleurs mets pour la visite. Écoute des émissions de cuisine pour être meilleure. Fait un régime. Fait de l’exercice pour avoir un beau corps. Mange plus de légumes. Plait à ton amoureux. Plait à tes enfants. Plait à ta mère. Plait à ton père. Plait à tes amis. Plait à ton patron. Plait aux étrangers. Apprends une nouvelle langue. Voyage. Lis. Va promener le chien. Arrose tes plantes. Fait un beau jardin. Lis des livres. Fait de la peinture. Écrit des poèmes. Va au musée. Étend ton linge sur la corde. Et après il restera beaucoup de choses à faire.

À mon âge vous savez!

J’étais docteure en exagération des phénomènes de la vie. À 3 ans j’avais tué 7 monstres. À cinq ans j’avais couru à 100 milles à l’heure. À 7 ans j’avais embrassé 20 garçons. À 12 ans j’avais attrapé un poisson de 8 livres.

Maintenant à mon âge je construits des phrases avec moins de mots. Je marche avec des plus petits pas.

Ça va moins vite et puis après

lumière

La lumière qui me glisse la peau et qui ne ménage pas ses effets. Qui transforme mes yeux en chose vrai. Qui rétrécit ma pupille sans dessein. Qui étire mon ombre longtemps.
J’ai souvenir d’une journée sans lumière, juste une. Elle m’a frappée du côté sud, à ma plus coriace protection. Je suis devenue sauvage et vraie, sans ombre. Je me suis attrapée l’espace d’une journée, toute chose impossible n’existait plus. Ne rien voir d’autre que moi. C’était une journée à oublier mais qui ne s’oublie pas comme un bébé mort à la naissance.

La nuit obscure

Pendant une nuit obscure,
Enflammée d’un amour inquiet,
Ô l’heureuse fortune !
Je suis sortie sans être aperçue,
Lorsque ma maison était tranquille.

Étant assurée et déguisée,
Je suis sortie par un degré secret,
Ô l’heureuse fortune !
Et étant bien cachée dans les ténèbres,
Lorsque ma maison était tranquille.

Pendant cette heureuse nuit,
Je suis sortie en ce lieu secret
Où personne ne me voyait,
Sans autre lumière,
Que celle qui luit dans mon cœur.

Elle me conduisit
Plus surement que la lumière du midi,
Où m’attendait
celui qui me connait très bien,
Et où personne ne paraissait.

Ô nuit qui m’a conduite !
Ô nuit plus aimable que l’aurore !
Ô nuit qui as uni
le bien-aimé avec la bien-aimée,
en transformant l’amante en son bien-aimé.

Il dort tranquille dans mon sein
qui est plein de fleurs,
et que je garde tout entier pour lui seul :
je le chéris
et le rafraichis avec mon éventail de cèdre.

Lorsque le vent de l’aurore
fait voler ses cheveux,
il m’a frappé le cou avec sa main douce
et paisible,
et il a suspendu tous mes sens.

En me délaissant et en m’oubliant moi-même,
j’ai penché mon visage sur mon bien aimé.
Toutes choses étant perdues pour moi,
je me suis quittée et abandonnée moi-même,
en me délivrant de tout soin entre les lys blancs.

Jean de La Croix